La Mort Est Mon Métier de Robert MerleCompte-rendu de La mort est mon métier, de Robert Merle

Le devoir comme sécurité

Dans ce livre écrit en 1952, Robert Merle raconte, en romancier, la vie de Rudolf Lang (R.Hoess), commandant du camp d’extermination d’Auschwitz. Il a le mérite de la précision, et se distingue par sa très grande clarté. A ce titre, il mérite d’être lu, l’écriture est limpide. Pourtant, l’ensemble pose un sérieux problème. Robert Merle montre une psyché, déterminée par un Père ultra-autoritaire, haïssant la vie, hanté par l’obsession du diable, imposant une discipline absolue, réglant chacun des gestes de sa famille et rejetant tout moment mort, toute incertitude, tout ce qui peut échapper à sa maîtrise (le corps, l’affection, l’avenir). Rudolf vit dans un monde sans liens avec quiconque. Seule l’image du Père, qu’il haït mais auquel sa vie sera vouée malgré lui, l’habite. A la mort de son père, l’Allemagne seule le remplacera. Il entre dans la guerre de 14 à seize ans seulement. Il ne quittera plus la guerre, « La mort est mon métier », sa vie alors ne sera plus qu’une longue obéissance au Père. Mais c’est justement là que le bas blesse. Peut-on soumettre une étude psychologique à un déterminisme absolu ? Et si oui, la création littéraire doit-elle pour autant se soumettre à un impératif qui lui semble par nature extérieure ? Ainsi ai-je souvent été agacé par certaines notes psychologiques, sur le conformisme, l’indifférence profonde au monde, la recherche désespérée de la sécurité dans l’ordre, qu’on n’apprend à prévoir au fil des pages. Il ne s’agit pas de rejeter le portrait psychologique brossé par l’auteur, mais de dire plutôt que celui-ci a soumis son écriture à son objet, là où un tel destin semblait nécessiter plus d’étonnement, de tâtonnement de la part de celui qui le décrivait. Au total, Robert Merle donne peut-être lui même la clé de ces objections, dans sa préface écrite en 1972 : « La Mort est mon Métier n’a pas manqué de lecteurs. Seul leur âge a varié : ceux qui le lisent maintenant sont nés après 1945. Pour eux, La Mort est mon Métier, c’est un « livre d’histoire. » Et dans une large mesure, je leur donne raison. » Livre de témoignage, étude historique, de psychiatrie. Aucun de ces mots ne semble pouvoir être rejeté. Mais s’agit-il alors d’un roman ?

Nous conseillons en parallèle la lecture du livre de Peter Diener, Le journal d’une folle, Edition de l’aube, qui pour cet investissement, du côté de la victime, est autrement plus précieux.