Si être cynique, c'est vivre comme un chien, Michel, le personnage de tous les livres de Houellebecq, décliné sur des modes différents en fonction des situations, est un chien attachant. Derrière la froideur et le détachement de l'écriture dont on devine le sens, c'est le détachement d'un personnage qui nous conduit à prendre sur notre époque où tout est argent, intérêt, froid calcul, un recul salutaire, puissant, décisif. Scrutant pendant 350 pages une société dont les modes de pensée et de vie nous hantent, même dans notre volonté d'authenticité et de liberté, nous rencontrons et nous attachons à un personnage qui se décrit lui-même comme n'étant pas particulièrement humaniste, et qui, pourtant, à l'occasion de la fréquentation des hommes, nous fait entrevoir la possibilité d'une vie autre, où l'intérêt et le calcul poussés à leur extrême limite, se retourneraient en leur contraire, amour et partage. Ce sont tous les paradoxes de notre vie que Houellebecq trace ici comme dans un miroir. Un roman inégalable dans la littérature contemporaine.