Une société de savoir ou d’ignorance ?

 

Il y a quelques années, on a appris que le méthane sortant des intestins des vaches contribuait de manière importante à l’effet de serre et au réchauffement climatique. Le caractère trivial de l’information a contribué à en faire une blague et à ne pas la prendre vraiment au sérieux. Mais il s’agissait peut-être de l’arbre qui cache la forêt. Dans son dernier livre, Bidoche, l’industrie de la viande menace le monde, Fabrice Nicolino montre que l’augmentation massive de consommation de viande dans les pays développés, dans les dernières décennies, a impliqué qu’une part très importante des terres agricoles a été convertie à la production de céréales pour la nutrition des animaux d’élevage. En particulier, dans certains pays « émergents » d’Amérique du Sud, où chaque occidental, pour son alimentation, est le quasi-propriétaire de plusieurs hectares de terre cultivés en soja OGM. L’industrie agro-alimentaire a banalisé à outrance la consommation de viande, réduisant les animaux à n’être que des usines à en produire.

C’est un fait que nous ignorons largement, de même que nous ignorons que plus de la moitié des surfaces cultivées dans le monde sont consacrées à l’alimentation animale et que l’agriculture d’élevage contribue de manière très importante au réchauffement climatique.

En mangeant, les hommes ne se nourrissent pas seulement, ils nourrissent leurs sens et se nourrissent de sens. Mais nous ne savons le plus souvent pas ce que nous mangeons. Ainsi, n’est-ce pas aujourd’hui un enjeu de liberté capital que de connaître les conditions de ce que l’on fait et de pouvoir choisir de manière éclairée nos modes de consommation ? (À suivre)

 

Fabrice Nicolino, Bidoche, l’industrie de la viande menace le monde, Éditions LLL, 385 pages, 21 e.

Voirhttp://bidoche-lelivre.com/