Primum non nocere

 

Notre modernité est prédatrice. « Se rendre comme maîtres et possesseurs de la nature », disait Descartes, à l’orée des temps modernes. Dans notre société de consommation, s’est imposée l’idée que chacun doit exclusivement poursuivre son intérêt particulier, et délaisser son inscription dans des communautés, dans des paysages et dans une cité. Le mouvement s’est accéléré ces 20 dernières années et ces changements nous paraissent maintenant naturels. Les jeunes générations ont grandi dans cette nouvelle « culture » de l’intérêt personnel, dont la propagande publicitaire leur rabat les oreilles et dont la consommation des nouvelles technologies de communication est l’expérience grandeur nature. Mais à l’heure où les conséquences désastreuses du développement économique sur le climat, la nature, c’est-à-dire notre habitat, sont à l’ordre du jour, il n’est pas inutile de se souvenir d’une phrase ancienne, attribuée à Hippocrate, médecin grec du Ve siècle av. J. C. : « Primum non nocere », « d’abord ne pas nuire ». Au chevet du malade, le médecin doit être animé par la volonté de ne pas nuire, avant même celle d’être utile. Face au règne despotique de l’intérêt privé, qui sépare chacun de chacun, transforme nos campagnes en déserts, nos villes en centres commerciaux et nos cités (politiques) en champs de ruine (électoral), sans doute faudrait-il s’efforcer « d’abord [de] ne pas nuire ». C’est un des sens de Slowfood. (à suivre)