Nature et artifice

« Cet homme futur, que les savants produiront, nous disent-ils, en un siècle pas davantage, paraît en proie à la révolte contre l’existence humaine, telle qu’elle est donnée, cadeau venu de nulle part (laïquement parlant) et qu’il veut pour ainsi dire échanger contre un ouvrage de ses propres mains. » (Hannah Arendt, Condition de l’homme moderne, 1958)

Nous avons déjà écrit ici que notre modernité était habitée par le fantasme de l’artificialité, c’est-à-dire de la capacité que nous aurions à maîtriser la nature et surtout notre propre nature, en particulier corporelle. Être en mesure de substituer un produit issu de notre génie à ce que nous recevons de la nature, tant en nous qu’à l’extérieur de nous, devrait permettre de redresser cette dernière. Mais est-il seulement pensable que nous puissions nous hisser au-dessus de la nature ? Les civilisations pré-modernes ont qualifié cette ambition de démesure (l’hubris des Grecs). Était-ce seulement la conséquence de leur ignorance et de leur impuissance ou doit-on y voir une lucidité et une sagesse que les bouleversements écologiques en cours nous invitent à méditer ? (à suivre)