Retour sur la vitesse

 

En période de « réforme » des régimes de retraite, on ne s’interroge guère sur le temps, les rythmes de vie, ce qui paraît pourtant indispensable à toute refonte véritable, démocratique et sensée du partage entre durée du travail et bénéfice d’une pension libérée du travail. Est nécessaire la critique d’un modèle de société fondé sur l’accélération, la croissance, la soumission à la quantification et qui oublie l’existence de la nature avec ses lois et ses contraintes, l’existence des hommes avec leurs limites physiques et psychiques. Mais la critique ne suffit pas. Slowfood propose ainsi à chacun et à tous, chez soi comme dans la collectivité, de se réapproprier une part de soi-même fondamentale : l’alimentation, le lien le plus étroit que les hommes entretiennent avec la nature. S’interroger sur la provenance de ce qu’on mange ou le produire soi-même, préparer tous les jours un repas, en contact avec des végétaux, des céréales, des épices, la chair d’un poisson, d’un crustacé ou d’un mammifère, c’est reprendre en mains ce que les sociétés de consommation nous ont fait oublier, en nous proposant une nourriture ludique, infinie et finalement tellement insignifiante qu’on pouvait simplement ne plus y penser, mais cela au prix des crises présentes et à venir : exploitation des pays pauvres, production agricole fondée sur des outils non-renouvelables, pollution des nappes phréatiques, réchauffement climatique.

 

À lire Hartmut Rosa, Accélération : Une critique sociale du temps, La découverte, 2010