Lancement de L'Université populaire de Dieppe à L'inattendu
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A Croyance
1 Prisonniers
2 Ivan
3 Commissaire
4 Économie
B Espérance
5 Consommation
6 Cypher
7 Publicité
8 Winston
C Résistance
9 Günther
10 Yoshi
11 Chelsea
12 Joseph
D Liberté
13 George
14 Denise
15 Milena
16 Hans, Sophie, Christoph
E Salut
17 Stanislas
A Croyance
1 Prisonniers
« Figure-toi, Glaucon, des personnes assises au fond d’une caverne. Ils sont tournés vers la paroi du fond et ne peuvent pas tourner la tête, ils sont là depuis leur enfance et ne peuvent donc rien voir d’autres que les images qui défilent sous leur yeux. Derrière eux, un long sentier gravit une pente. En son milieu, on distingue un grand mur, au-dessus duquel des figurines se déplacent, tenues par des marionnettistes, qui parlent et racontent des histoires. Un grand feu les éclaire, leurs ombres se projettent sur le fond de la caverne sous les yeux des prisonniers. »
« Ce sont là de bien étranges prisonniers, Socrate. »
« Ils nous ressemblent. »
« Pourquoi dis-tu cela ? »
« N’as-tu jamais vu de ces gens qui, après avoir vu une vidéo sur un réseau social quelconque ou entendu une nouvelle à la télévision, s’empressent de répéter ce qu’ils croient savoir et qui leur tient lieu de réalité ? »
« Évidemment. Cela m’arrive souvent et je parierai que cela toi également, Socrate. »
« Oui, bien entendu. Toujours les hommes ont colporté des nouvelles, sans pouvoir les vérifier, ont eu des opinions dont ils ne savaient pas d’où elles venaient. Tout cela ne serait pas si grave si certains n’en profitaient pas autant. »
« De quoi parles-tu ? »
« Eh bien, Glaucon, tu vois, dans mon image, les marionnettistes produisent les images que les prisonniers voient ensuite. Et ces derniers ne savent pas qui produit ce qu’ils voient et entendent. Au contraire, ils prennent cela pour la réalité, qui existe en soi. Ils ne savent rien des gens qui sont derrière eux. C’est la même chose pour nous, nous ne savons pas qui tirent les ficelles, même si nous nous doutons bien, contrairement à eux, que quelqu’un tire les ficelles. Ces gens-là, je les appelle des « faiseurs d’opinion ». Ces prisonniers comme nous-mêmes leur obéissons, souvent sans le savoir. »
« Mais quand même Socrate, ces prisonniers ne peuvent pas tourner la tête, ils ne savent rien de ces « faiseurs d’opinion », alors que, nous, nous avons une presse pluraliste, que nous n’avons pas tous été bercés par la télévision, que l’on peut s’informer par mille moyens, débrancher ou se déconnecter. »
« J’entends bien, Glaucon. Pourtant, écoute cela. N’as-tu pas remarqué toutes les fois où nous disons nous-mêmes que ceci ou cela ne peut pas être autrement. En parlant ainsi, nous pensons connaître la réalité telle qu’elle est. Alors même que si nous devions expliquer pourquoi nous pensons ainsi, nous en serions bien incapables. Jadis quand l’URSS distillait des contre-vérités manifestes, elle était montrée du doigt chez nous. Nous nous disputions avec les communistes et nous moquions de leur aveuglement. Mais ne remarques-tu pas qu’aujourd’hui nous faisons souvent la même chose concernant la compétitivité ? Il n’est pas plus prouvé aujourd’hui que la concurrence, la libéralisation de l’économie produisent la prospérité pour tous, que jadis l’affirmation selon laquelle l’URSS réalisait le socialisme. »
« Je comprends, Socrate, mais tu ne dois pas oublier que, malgré tous les défauts du régime dans lequel on vit, nous restons libres et que personne ne cherche à nous empêcher de penser, d’appartenir à un parti politique ou à une religion. »
« Oui Glaucon, mais une fois que tu as dit que nous étions libres de penser et d’agir, réfléchis un instant à l’origine de tes pensées, de certaines de tes convictions, en particulier politiques. Ne t’ai-je pas déjà raconté cette histoire de l’anneau de Gygès ? Un berger, à la réputation d’honnêteté, trouve une bague qui le rend invisible. Va-t-il se servir de l’anneau pour commettre des crimes sans risquer d’en être accusé ou va-t-il au contraire enterrer cet anneau le plus profondément pour que personne jamais ne le retrouve ? Ne crois-tu pas que nous enfilons cet anneau nous-même chaque fois que nous apprenons une nouvelle qui nous blesse, que nous voyons des photos qui nous épouvantent ou qu’un politicien nous propose de le suivre ? Nous avons toujours de bonnes raisons selon nous de faire ce que nous faisons, de penser ce que nous pensons. Ces bonnes raisons, c’est l’anneau de Gygès, on met de côté ce qui nous déplaît et puis on y pense plus. C’est ce qui nous conduit souvent à accepter l’inacceptable. Tu imagines bien que tous ceux qui ont commis des crimes, notamment en période de guerre, n’étaient pas tous des criminels invétérés. Là encore, c’est l’anneau de Gygès qui fait que nous ne pensons pas à ce que nous faisons et qui nous fait obéir de manière aveugle. »
Platon, La république
Simone Weil, « L’anneau de Gygès », in La pesanteur et la grâce (posthume, 1947), Plon, 1988.
http://cafephilobarouf.canalblog.com/2024/05/cafe-philo-du-barouf-11-avenue-normandie-sussex-a-dieppe-samedi-18-mai.html
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En dictature, c'est ferme ta gueule, en démocratie, c'est cause toujours." Coluche
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https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/entendez-vous-l-eco/l-economie-selon-william-morris-8092326

https://aoc.media/opinion/2024/02/22/penser-les-limites-pour-eviter-les-catastrophes/

