Gratitude

« Le premier résultat désastreux de l'accès de l'homme à la maturité est que l'homme moderne a fini par en vouloir à tout ce qui lui est donné, même sa propre existence – à en vouloir au fait même qu'il n'est pas son propre créateur ni celui de l'univers. [...] L'alternative à un tel ressentiment, base psychologique du nihilisme contempo­rain, serait une gratitude fondamentale pour les quelques choses élémentaires qui nous sont véritablement et invariablement données, comme la vie elle-même, l'existence de l'homme et le monde. » (Hannah Arendt, 1951).

Face à l'ambition fantasmatique et illusoire de la maîtrise de la nature ou de son remplacement par un artifice, Arendt montre que c'est la gratitude seule qui nous préserve de la démesure, dans laquelle nous sommes enfoncés. Une alternative se dessine : entre la fascination pour des techniques toujours plus séparées des territoires et des cultures et la gratitude pour ce que la nature nous a donné et que des générations d'hommes ont lentement aménagé, humanisé et respecté par leur travail. Entre la fascination morbide pour la puissance humaine (mais est-ce seulement une puissance ?) et la contemplation sereine d'un paysage ou de la beauté simple, mais riche de la nature. Entre l'amusement infantile du fast-food et la découverte chaque fois renouvelée des saveurs de la terre.